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Si personne ne fait de marge sur les carburants, à qui cela profite ?

Le prix des carburants en France continue de susciter la colère des automobilistes, mais derrière cette frustration se cache une question complexe : qui gagne réellement quand les prix montent en flèche ? Récemment, plusieurs déclarations et propositions politiques ont relancé le débat autour des marges pratiquées par les distributeurs d’essence. Michel-Edouard Leclerc, PDG du groupe E.Leclerc, a proposé de « suspendre » les certificats d’économies d’énergie (CEE), une taxe qui pourrait faire baisser de 15 centimes le litre. Simultanément, Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports, a affirmé sur TF1 Info que « il ne faut exclure aucune mesure », notamment l’encadrement des marges des distributeurs. Ces interventions soulèvent un enjeu économique majeur : si personne ne fait de profit sur les carburants, à qui profite vraiment l’augmentation des prix ?


Un marché sous pression : pourquoi les prix des carburants fluctuent-ils ?

Les prix des carburants sont influencés par une multitude de facteurs, allant des cours internationaux du pétrole aux taxes nationales. En France, la fiscalité représente environ 60 % du prix final au pompage pour l’essence. Les taxes sur les produits pétroliers (TPP) fixées par l’État, les CEE, ou encore la taxe intérieure de consommation sur les hydrocarbures (TICPE), sont autant de leviers qui peuvent modifier le coût final perçu par le consommateur.

Mais au-delà de ces impôts, le rôle des distributeurs est souvent mis en doute. Selon une étude de l’UFC-Que Choisir datant de 2023, les marges bénéficiaires des stations-service varient largement selon leur positionnement tarifaire. Les grandes surfaces comme Carrefour, Auchan ou E.Leclerc, qui disposent de volumes importants, affichent parfois des marges inférieures à celles des indépendants. Pourtant, même dans ce cas, les profits ne viennent pas directement de la vente de carburant.

« La vente de carburant est souvent un perdant stratégique », explique Jean-Michel Valette, analyste économique spécialisé dans l’industrie pétrolière. « Elle sert principalement à attirer les clients dans les supermarchés, où ils achètent aliments, produits ménagers ou même vêtements. Le vrai profit vient de ces achats complémentaires. »

C’est là que réside la clé du débat actuel : si les distributeurs ne tirent pas beaucoup de profit directement sur chaque litre vendu, alors qu’est-ce qui justifie une hausse brutale des prix ? Et surtout, qui profite-t-il quand les prix augmentent ?


La proposition de Michel-Edouard Leclerc : une suspension temporaire des CEE ?

En juillet 2024, Michel-Edouard Leclerc a lancé un geste médiatisé en proposant de suspendre les certificats d’économies d’énergie pour les distributeurs. Selon lui, cette mesure permettrait de réduire le prix de l’essence de 15 centimes le litre. Une déclaration accueillie avec enthousiasme par les automobilistes, mais interrogée par les experts.

Les CEE sont un mécanisme incitatif visant à encourager les entreprises à investir dans des technologies moins polluantes. Pour y participer, les distributeurs doivent soit réaliser des travaux éco-responsables, soit verser une somme à l’État. Or, cette obligation peut être perçue comme une charge supplémentaire, dont le coût est transmis au consommateur via le prix du carburant.

« Si l’État accepte de suspendre temporairement les CEE, cela signifierait un transfert de coûts vers les finances publiques », analyse Marie Lambert, économiste à l’Institut Montaigne. « Mais cela ne changerait pas fondamentalement la structure du marché, ni les marges réelles des distributeurs. »

Autre point sensible : cette mesure n’est applicable qu’aux grands distributeurs, ce qui crée une concurrence inégale. Les petites stations indépendantes, déjà en difficulté face aux majors, pourraient se sentir marginalisées.


Clément Beaune : l’encadrement des marges, une option non exclue

Face à la montée des tensions, Clément Beaune a nuancé sa position sur TF1 Info, affirmant que « il ne faut exclure aucune mesure » pour limiter les prix. Parmi les options envisagées figurent notamment l’encadrement des marges des distributeurs.

Ce concept repose sur la fixation d’un plafond de profit autorisé par litre de carburant vendu. À titre de comparaison, en Allemagne, certaines régions appliquent déjà des contraintes similaires, notamment après les crises énergétiques de 2022.

Mais cette solution soulève des questions complexes. D’abord, comment définir objectivement ce qu’est une « marge excessive » ? Ensuite, qui surveillera cette application ? Et surtout, est-ce compatible avec les principes du libre-échange ?

« Encadrer les marges reviendrait à intervenir directement dans la dynamique de marché », tempère Olivier Delamarche, économiste et fondateur de l’Observatoire des Inégalités. « Cela pourrait avoir des effets pervers, notamment en limitant l’investissement dans les infrastructures ou en poussant certains acteurs hors du marché. »


Historique des interventions de l’État : des mesures ponctuelles aux réformes structurelles

L’État français a déjà tenté de maîtriser les prix du carburant à plusieurs reprises. En 2018, pendant la « gifle au feu », la ministre de la Transition écologique a annoncé une baisse des TPP. En 2022, suite à la guerre en Ukraine, l’exécutif a mis en place des subventions pour compenser l’augmentation des prix.

Ces mesures ont été saluées par le public, mais critiquées pour leur coût budgétaire et leur durabilité. Selon le ministère des Finances, les aides liées aux carburants ont absorbé plus de 2 milliards d’euros entre 2022 et 2023.

Pourtant, ces initiatives montrent une volonté persistante de stabiliser les prix, malgré les fluctuations mondiales du pétrole. Le débat actuel illustre donc un paradoxe : si les prix du carburant sont dictés par des marchés internationaux, comment une nation peut-elle protéger ses citoyens sans compromettre la stabilité économique ?


Impact immédiat : colère des automobilistes, tensions sociales

Depuis quelques mois, les prix du carburant oscillent autour de 1,70 € le litre, selon les données du site PrixCarburants.gouv.fr. Cette situation pèse lourdement sur les ménages modestes, dont les dépenses en transport représentent une part significative du budget.

Selon une enquête récente menée par l’Ifop, 68 % des Français interrogés estiment que les distributeurs font trop de profit sur les carburants. Ce sentiment nourrit une méfiance croissante envers les grandes chaînes, alors même qu’elles affic