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  1. · France Info · La justice autorise la tenue du rassemblement des Musulmans de France prÚs de Paris
  2. · Le Monde.fr · Laurent Nuñez annonce un nouveau projet de loi de lutte contre le séparatisme
  3. · 20 Minutes · Pourquoi la grande Rencontre des musulmans de France est interdite par le préfet de police ?

Rencontre annuelle des Musulmans de France : interdiction, contentieux et enjeux autour d’un rassemblement symbolique

Depuis plusieurs dĂ©cennies, la communautĂ© musulmane de France fait face Ă  une tension croissante entre ses manifestations publiques, l’espace public rĂ©publicain et les autoritĂ©s sĂ©curitaires. Le rassemblement le plus emblĂ©matique de cette dynamique est sans conteste la Rencontre annuelle des Musulmans de France (RAMF), organisĂ©e chaque annĂ©e depuis 1986. En avril 2026, cet Ă©vĂ©nement a Ă©tĂ© au cƓur d’un affrontement juridique inĂ©dit : interdit par le prĂ©fet de police puis autorisĂ© par la justice, il illustre Ă  quel point les questions identitaires, religieuses et sĂ©curitaires se croisent dans la sociĂ©tĂ© française contemporaine.


Interdiction suivie d’une levĂ©e immĂ©diate : un Ă©vĂ©nement marquant en quatre Ă©tapes

Mercredi 3 avril 2026, la prĂ©fecture de police de Paris a pris l’arrĂȘtĂ© interdisant officiellement la 40e Ă©dition de la Rencontre annuelle des Musulmans de France (RAMF), prĂ©vue du 3 au 6 avril au Bourget, dans la banlieue nord de Paris. Selon les autoritĂ©s, cette mesure s’imposait « notamment en raison du "risque terroriste" qui pĂšse sur la communautĂ© musulmane ».

Cette dĂ©cision a suscitĂ© un tollĂ© immĂ©diat. L’association organisatrice, FĂ©dĂ©ration des Musulmans de France (FMF), a immĂ©diatement saisi le tribunal administratif de Paris pour contester l’interdiction. Vendredi 3 avril, aprĂšs une audience urgente, le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s a suspendu l’arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral, estimant que les risques de troubles Ă  l’ordre public n’avaient pas Ă©tĂ© suffisamment Ă©tablis. La RAMF peut donc reprendre son cours.

« Les juges ont jugĂ© que les motifs invoquĂ©s par le prĂ©fet manquaient de fondement concret et que la libertĂ© de rĂ©union ne pouvait ĂȘtre restreinte sans preuve tangible de menace. »
— Source : Tribunal administratif de Paris, arrĂȘt du 3 avril 2026

Cet Ă©pisode unique montre comment, en France, la libertĂ© d’assemblĂ©e religieuse est constamment mise Ă  l’épreuve sous l’angle sĂ©curitaire, particuliĂšrement dans le contexte post-Charlie Hebdo et de la montĂ©e du discours islamophobique institutionnel.


Contexte historique : un rassemblement entre inclusion et suspicion

Créée en 1986, la Rencontre annuelle des Musulmans de France (anciennement Rassemblement des Musulmans de France) est l’un des plus grands rassemblements islamiques de France. Son objectif affichĂ© est de promouvoir un islam de France, modĂ©rĂ©, intĂ©grĂ© et respectueux des valeurs rĂ©publicaines. Elle regroupe chaque annĂ©e des milliers de participants, souvent originaires du Maghreb, et attire des responsables politiques, des imams, des intellectuels et des militants sociaux.

Le rassemblement a longtemps Ă©tĂ© perçu comme un lieu d’expression pacifique de la communautĂ© musulmane française. Toutefois, avec l’arrivĂ©e de la loi antiterroriste renforcĂ©e aprĂšs les attentats de 2015, les manifestations religieuses sont devenues des cibles privilĂ©giĂ©es des autoritĂ©s. Depuis 2016, la prĂ©fecture de Paris a multipliĂ© les interdictions partielles ou totales d’évĂ©nements liĂ©s Ă  l’islam, invoquant des « risques sĂ©curitaires ».

En 2023, par exemple, la mĂȘme manifestation avait Ă©tĂ© reportĂ©e Ă  l’avant-veille, sous pression policiĂšre. En 2024, elle avait finalement eu lieu, mais sous surveillance accrue. Cette annĂ©e-lĂ , le ministĂšre de l’IntĂ©rieur avait mĂȘme demandĂ© aux organisateurs de limiter les discours politiques et religieux, ce qui avait alimentĂ© les tensions internes au sein de la communautĂ©.

« On nous demande de faire preuve de retenue, de neutralitĂ©, alors qu’on est censurĂ©s dĂšs qu’on ose parler de justice sociale ou de discrimination. »
— Imama de la FMF, interview accordĂ©e Ă  France Info


Les acteurs clĂ©s : une opposition entre justice, État et communautĂ©

Trois figures dominent le débat :

1. La Fédération des Musulmans de France (FMF)

L’organisation religieuse la plus influente du pays, proche du Maroc, elle milite pour un islam intĂ©grĂ©, non politisĂ©. Elle dĂ©nonce l’interdiction de la RAMF comme une discrimination systĂ©mique contre les musulmans de France. Pour elle, cette mesure renforce le sentiment d’exclusion et nourrit le repli communautaire.

2. Le préfet de police

Dans son arrĂȘtĂ© du 3 avril, le prĂ©fet cite des menaces terroristes non identifiĂ©es, mais sans fournir de preuve concrĂšte. Il souligne que le Bourget, lieu de l’évĂ©nement, a Ă©tĂ© choisi parce qu’il est « stratĂ©giquement vulnĂ©rable ». Cependant, aucune information n’a permis de relier directement le rassemblement Ă  des groupes extrĂ©mistes.

3. Laurent Nuñez, ministre de l’IntĂ©rieur

Face Ă  l’affaire, Laurent Nuñez a annoncĂ©, le 3 avril, un nouveau projet de loi contre le sĂ©paratisme, dont l’objectif est de renforcer la surveillance des associations religieuses, notamment celles considĂ©rĂ©es comme « hostiles Ă  la RĂ©publique ». Ce texte, encore Ă  l’étude, prĂ©voit notamment : - Une obligation de transparence financiĂšre accrue pour les organisations religieuses, - La crĂ©ation d’un observatoire centralisĂ© des « menaces identitaires », - Et la possibilitĂ© d’interdire un Ă©vĂ©nement sans procĂ©dure judiciaire prĂ©alable, dans certains cas.

Ce projet, bien que non adoptĂ©, a profondĂ©ment polarisĂ© l’opinion. Les associations de dĂ©fense des droits humains ont alertĂ© sur une tendance Ă  l’instrumentalisage de la religion pour justifier une surveillance accrue.


Effets immédiats : confusion, mobilisation et méfiance

L’interdiction suivie de sa levĂ©e en moins de 24 heures a eu plusieurs effets concrets :

  • Sur les organisateurs : confusion et fatigue. « On est obligĂ© de vivre ça tous les ans, sans raison valable », explique un coordinateur de la RAMF.
  • Sur les participants : nombreuses sont les familles venues de province, de Belgique ou de Suisse, qui ont dĂ» ajuster leurs dĂ©placements. Beaucoup ont exprimĂ© leur colĂšre sur les rĂ©seaux sociaux, utilisant les hashtags #RAMFAutorisĂ©e et #LibertĂ©DeRĂ©union.
  • Sur la presse : les titres alternent entre « justice contre sĂ©curitĂ© » et « islamisme sous surveillance constante ». Le dĂ©bat public s’est intensifiĂ©, avec des commentaires divergents sur la place de l’islam dans la RĂ©publique.

<center>Rassemblement des Musulmans de France au Bourget, avril 2026</center>


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