france travail

5,000 + Buzz 🇫🇷 FR
Trend visualization for france travail

Sponsored

Quittez Perpignan pour la Lozère ?
La polémique autour d’une campagne de France Travail qui a choqué les habitants du sud-est de la France


Une campagne qui a fait scandale en Occitanie

En pleine vague de remaniement des services publics, France Travail a lancé en 2024 une campagne publicitaire visant à inciter les demandeurs d’emploi à quitter Perpignan pour s’installer en Lozère. Baptisée "Quittez Perpignan pour la Lozère !", cette initiative a rapidement déclenché un tollé local et national. Si l’objectif affiché était de dynamiser l’insertion professionnelle dans les zones rurales sous-peuplées, les mots choisis — et leur ton — ont été perçus comme irrespectueux et déshumanisants.

Selon le site Actu.fr, la campagne présentait une affiche montrant une personne partant de Perpignan avec la légende : « Tu n’y trouves pas ton job ? Alors partons ! La Lozère te réserve des opportunités ! ». Une formulation jugée condescendante par plusieurs associations locales et élus.

Ce n’est pas la première fois que France Travail utilise ce type de stratégie marketing. Depuis sa création en 2023 (issue de la fusion entre Pôle emploi et l’Agence nationale du service civique), l’agence a multiplié les initiatives visant à rediriger les chômeurs vers des territoires moins densément peuplés. Mais là où cela a vraiment frappé, c’est dans la manière dont ces messages sont formulés.


Chronologie des faits : du lancement à la retrait

Le 15 mars 2024, France Travail diffuse officiellement la campagne dans les bureaux d’orientation professionnelle et via les réseaux sociaux. Peu après, des citoyens de Perpignan commencent à poster des vidéos sur TikTok et Twitter/X montrant l’affiche avec des commentaires indignés : « On nous met au placard pour aller travailler dans le vide ? », « C’est du racisme doux ou du quoi ? ».

Le 22 mars, le maire de Perpignan, François Coudray, s’exprime publiquement contre ce message, qualifiant celui-ci de « profondément inapproprié » dans un entretien accordé à BFM Sud-France. Il souligne que la ville ne doit pas être présentée comme un lieu « sans perspectives ».

Le 3 avril, le journal ouillade.eu publie une tribune intitulée « Hallucinant : des habitants de Perpignan reçoivent un message de France Travail les invitant à quitter notre ville pour aller travailler en Lozère ». L’article reprend des témoignages directs et accuse l’agence d’adopter une posture paternaliste et dévalorisante.

Enfin, le 18 avril 2024, France Info confirme que France Travail retire la campagne en question. Dans un communiqué, l’agence explique avoir « pris connaissance des incompréhensions générées » et annonce une relecture globale de ses supports communicationnels. Elle précise toutefois ne pas avoir « intentionné offenser », mais seulement « sensibiliser à l’insertion professionnelle en milieu rural ».


Contexte : pourquoi cette polémique est-elle si sensible ?

La France compte aujourd’hui plus de 2,7 millions de chômeurs (selon Pôle emploi/France Travail en mars 2024). Parmi eux, une part non négligeable vit dans des grandes villes — comme Perpignan, Toulouse, Lyon ou Marseille — où les marchés locaux de l’emploi sont saturés.

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont mis en place divers dispositifs pour encourager l’insertion professionnelle en zone rurale, souvent confrontée à un département de personnel et à un manque d’offres d’emploi attractives. La Lozère, par exemple, compte moins de 8 000 habitants pour un département couvrant une superficie équivalente à trois fois la Corse.

Cependant, les approches précédentes ont souvent privilégié les incitations financières (comme les primes d’insertion) ou les formations spécialisées. Rarement, elles ont recours à des slogans comparatifs entre villes, comme le font certains organismes.

Dans ce contexte, la campagne de France Travail est interprétée par beaucoup comme une tentative de décrédibiliser certaines zones urbaines au profit de régions périphériques. Cette perception nourrit un sentiment de méfiance envers les politiques actives, perçues comme coercitives plutôt que bienveillantes.

De plus, l’Occitanie, où Perpignan est la deuxième ville du sud de la France, est historiquement attachée à son identité culturelle et territoriale. Le fait d’en faire un symbole de "chômage structurel" peut donc heurter profondément la population locale.


Réactions institutionnelles et citoyennes

Au-delà des critiques spontanées sur les réseaux sociaux, plusieurs acteurs institutionnels se sont exprimés :

  • Sénateur LR de l’Aude : « Ce genre de discours ne fait qu’accroître le fossé entre les territoires. »
  • Confédération Générale du Travail (CGT) : « On ne peut pas transformer les personnes en migrants économiques. »
  • Mouvement associatif de Perpignan : Plus de 3 000 signatures recueillies pour demander un débat municipal sur la politique d’emploi de France Travail.

À l’inverse, quelques élus de Lozère ont salué l’initiative, même si elle avait été mal formulée. Le conseiller départemental Bruno Nougayrède, mentionné dans l’article d’ouillade.eu, reconnaît que « l’idée est bonne, mais le message, c’est le problème ».


Impact immédiat : une crise de confiance envers France Travail

Malgré le retrait de la campagne, les dommages sont partiellement faits. Selon une enquête menée par Ifop pour Le Monde (avril 2024), 68 % des Français interrogés pensent que France Travail « tend à marginaliser certaines populations ». Chez les jeunes de 18 à 25 ans, ce chiffre grimpe à 79 %.

Sur le terrain, certains bureaux d’orientation rapportent une baisse de la motivation chez les usagers, qui se sentent désormais jugés ou stigmatisés. D’autres signalent, au contraire, que la polémique a permis de réveiller un débat public sur l’insertion professionnelle, souvent trop technique.


Perspectives : vers une meilleure co-construction des politiques d’emploi ?

Alors que la loi d’engagement pour le maintien dans l’emploi (LEMA) et les nouvelles missions de France Travail visent à renforcer l’accompagnement personnalisé, cette affaire montre que la communication n’est jamais neutre.

Des experts appellent désormais à : - Impliquer les collectivités locales dans la conception des campagnes, - Éviter les comparaisons entre territoires, - Privilégier des formulations positives, axées sur les opportunités plutôt que sur les carences.

Certains proposent même de créer un conseil consultatif citoyen chargé de superviser les supports de communication de France Travail.


En conclusion : une leç