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Jacques Attali : pourquoi l’augmentation du prix du pétrole est une « bonne nouvelle » pour l’écologie ?
Depuis quelques jours, le nom de Jacques Attali revient fréquemment dans les médias français. Le célèbre économiste, spécialiste des tendances futures et ancien conseiller d’État, a suscité un tollé en affirmant que l’augmentation des prix du pétrole était une “bonne nouvelle” pour l’écologie. Ce propos, relayé par plusieurs grandes plateformes médiatiques comme Le Journal du Dimanche, Les Echos ou encore MSN, a déclenché un vif débat public autour de la place du marché dans la transition énergétique.
Mais qu’est-ce qui pousse Jacques Attali à adopter une telle position si contraire aux discours habituels sur la pollution, le réchauffement climatique et la nécessité d’arrêter immédiatement la consommation de combustibles fossiles ? Pour comprendre cette affirmation inattendue, il faut replacer son analyse dans son contexte historique, économique et écologique.
Qui est Jacques Attali ? Un visionnaire controversé
Avant d’aborder ses propos sur le pétrole, rappelons brièvement qui est Jacques Attali. Né en 1943, il a été conseiller économique de François Mitterrand avant de devenir président du Centre national d'études des opérations spatiales (CNES) et de nombreux think tanks internationaux. Auteur de plus de 40 livres, dont L’Ère du vide ou La Dette qui court, il se veut souvent un prophète du futur, cherchant à anticiper les bouleversements structurels des sociétés.
Son travail le plus connu reste peut-être la création du Fonds monétaire international (FMI) en 1987, où il occupa le poste de commissaire général chargé de la politique financière. Depuis, il a toujours su mêler pragmatisme économique et réflexion stratégique.
Cependant, sa réputation est marquée par des positions parfois provocantes, notamment concernant le numérique, l’intelligence artificielle ou encore les systèmes éducatifs. Son approche est souvent qualifiée de « techno-optimiste », mais aussi de « néo-libérale radicale ».
La déclaration qui a fait scandale : « C’est une bonne nouvelle pour l’écologie »
En janvier 2024, alors que les prix du baril de Brent dépassent les 85 dollars, Jacques Attali affirme publiquement, dans une vidéo diffusée sur Les Echos et reprise par d'autres médias, que cette hausse est bénéfique pour l’environnement.
« L’augmentation du prix du pétrole est une bonne nouvelle. Elle obligera les gens à changer de comportement. »
— Jacques Attali, interview accordée à Les Echos
Selon lui, face à une facture énergétique plus élevée, les consommateurs seront contraints de réduire leur consommation de carburant, ce qui entraînerait naturellement une baisse des émissions de CO₂. Autrement dit, le marché, via le prix, agit comme un mécanisme d’autorégulation écologique.
Ce raisonnement semble paradoxal : comment un produit polluant peut-il être bénéfique pour la planète ? Pourtant, Attali y voit une opportunité inattendue.
Contexte : Pourquoi maintenant ?
Plusieurs facteurs expliquent cette intervention :
1. Réduction spectaculaire des subventions pétrolières
Depuis 2022, suite au conflit ukrainien, de nombreux pays ont réduit leurs aides aux ménages pour compenser les hausses de prix. En France, le gouvernement a suspendu temporairement l’augmentation prévue du poids de la taxe carbone, mais les prix du diesel et de l’essence restent volatils.
2. Changement de perception sociale
Il y a encore quelques années, une hausse des prix du pétrole était perçue comme une menace économique. Aujourd’hui, face aux alertes climatiques croissantes, certains citoyens sont prêts à payer plus cher pour limiter leur empreinte carbone.
3. Effet rebond sur les investissements verts
Selon Attali, une forte volatilité des cours du pétrole stimule les investissements dans les énergies renouvelables, car les entreprises cherchent à se protéger contre les risques liés aux importations de pétrole. Cela crée une dynamique favorable à la transition énergétique.
Analyse : Le marché comme catalyste de changement ?
Le point de vue d’Attali repose sur une idée centrale : le prix incite au comportement. Si le coût du pétrole augmente, les individus et les entreprises chercheront des alternatives. Cela peut passer par :
- L’usage du vélo ou du covoiturage
- L’adoption de véhicules hybrides ou électriques
- La recherche de sources d’énergie moins coûteuses
Dans ce modèle, la crise devient un levier de transformation. Cela correspond à une pensée proche du libéralisme écologique, théorisé par des économistes comme Jean Tirole ou Nicolas Hulot dans ses premières étapes.
Néanmoins, cette vision soulève des questions importantes :
- Est-ce acceptable de laisser les populations payer plus cher pour sauvegarder la planète ?
- Ne risque-t-on pas de creuser les inégalités sociales si seuls les riches peuvent s’offrir des solutions alternatives ?
- Et si l’effet est temporaire ? Une fois les prix redescendus, les comportements reviennent à la normale.
Réactions contradictoires : entre soutien et critique
Les réactions à la déclaration d’Attali ont été partagées.
Soutien
Certains experts en économie verte reconnaissent que le prix du carburant peut jouer un rôle dissuasif. Par exemple, après la flambée des prix en 2008, on a assisté à une augmentation record de l’utilisation des transports en commun et de la mobilité douce.
De plus, des pays comme la Norvège ont puivi l’essence sans voir augmenter significativement la demande, grâce à une infrastructure cyclable dense et des politiques incitatives solides.
Critique
D’autres, notamment des ONG environnementales comme Greenpeace ou Oxfam, dénoncent une vision trop simpliste. Selon eux :
« Placer l’écologie sous le signe du marché revient à dire que la pollution est acceptée tant qu’elle reste rentable. »
Ils rappellent que les externalités négatives du pétrole ne sont pas internalisées : la pollution, les maladies respiratoires, les catastrophes climatiques… coûtent cher à la société, sans être répercutés sur les producteurs.
Comparaison internationale : Des exemples inspirants ?
Certains pays ont essayé d’allier prix du pétrole et protection climatique avec succès :
- La Suède : malgré des prix relativement élevés pour l’essence, elle a réussi à réduire ses émissions de 27 % depuis 1990, grâce à un mix de taxation, d’investissement public et d’innovation.
- Le Danemark : fortement tributaire du pétrole, il a choisi de diversifier