agnès dupont de ligonnès
Failed to load visualization
Sponsored
L’affaire Dupont de Ligonnès : quinze ans après, le beau-frère brise le silence
Quand on parle d’affaires criminelles qui ont marqué l’Histoire du XXIe siècle en France, il y a peu de cas qui suscitent autant de fascination — et de dégoût. Parmi eux, celui des Dupont de Ligonnès se distingue par son étrangeté, sa violence inouïe et la longueur du cheminement judiciaire. Quinze ans après la disparition mystérieuse de Nathalie Rigal, sa fille Adèle, âgée de 8 ans, et de sa nièce Jade, âgée de 10 mois, Xavier Dupont de Ligonnès est toujours recherché. Mais ce qui retient particulièrement l’attention ces derniers temps, c’est la première parole publique du beau-frère de l’homme à la traîne : Thomas Rigal.
Une tragédie familiale qui a bouleversé la France
En avril 2011, dans une petite commune du Gard, les habitants ont vu partir trois femmes — deux enfants et leur mère — sans jamais les revoir. Nathalie Rigal, jeune maman au regard doux, partait faire ses courses avec ses enfants quand tout s’est arrêté. Le véhicule de famille a été retrouvé abandonné près d’un barrage, mais personne ne pouvait expliquer ce qui s’était passé entre le matin du 3 avril et la nuit suivante.
Le lendemain, les autorités ont ouvert une enquête pour disparition. Rapidement, l’hypothèse d’un enlèvement ou d’un crime a été envisagée. Mais ce n’est que six mois plus tard, en octobre 2011, que l’enquête a pris un tournant macabre : la découverte d’un corps dans une mare, puis d’un autre dans un lac, non loin de chez eux. Les victimes ? Nathalie Rigal, Adèle et Jade. Tous trois avaient été tués brutalement, selon les conclusions ultérieures du juge d’instruction.
Xavier Dupont de Ligonnès, son compagnon, a été arrêté quelques jours après. Il avait fui la région, changeant de vêtements, de téléphone et même de nom. Il fut finalement capturé à Marseille en novembre 2011. Accusé de meurtre et de dissimulation de cadavres, il fut condamné en 2016 à trois peines de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle. Depuis, il purge sa peine à la maison d’arrêt de Montpellier.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Le sort des proches de la famille, notamment des frères et sœurs de Nathalie, reste profondément marqué par cette tragédie. Et c’est justement Thomas Rigal, le beau-frère de Xavier, qui a enfin osé briser le silence.
"Personne ne va nous rendre ma sœur et les enfants"
Dans une interview exclusive accordée à France 5 dans le magazine C à vous, Thomas Rigal a prononcé ses premières paroles publiques depuis quinze ans. « Personne ne va nous rendre ma sœur et les enfants », a-t-il affirmé, les yeux humides. « J’ai vécu chaque jour comme un deuil. Je ne veux pas qu’on oublie, parce que si on oublie, ça signifie que ça n’a jamais eu lieu. »
Sa voix tremblait légèrement alors qu’il parlait de la douleur partagée avec sa mère, la grand-mère de Jade et Adèle. « On vit avec cette absence. Pas un jour où je ne pense pas à eux. »
Ce moment de vulnérabilité contraste fortement avec l’image que l’on peut se faire d’un homme qui a survécu à une affaire aussi sanglante. Thomas Rigal, quant à lui, raconte une histoire différente : celle d’un homme qui a dû apprendre à vivre avec la haine, la colère… et la culpabilité. « J’ai pensé qu’en parlant, on pourrait apaiser quelque chose. Mais je sais qu’il est trop tard pour tout réparer. »
Un livre racontant les souffrances invisibles
Loin d’être une simple rengaine médiatique, cet entretien fait suite à la publication d’un livre intitulé « Haïsse, amour, culpabilité : les proches hantés par l’affaire Dupont-de-Ligonnès ». Dans cet ouvrage, des proches de la famille décrivent les effets psychologiques durables de la tragédie. Selon eux, certains sont atteints de troubles de stress post-traumatique (TSPT), d’autres souffrent de dépression chronique.
Un témoin anonyme, probablement un oncle de Nathalie, a déclaré : « On vit avec des cauchemars. Parfois, je crois encore entendre les rires de mes petits-enfants. » Ces propos, rapportés par Ouest-France, soulignent que derrière chaque verdict et chaque reportage, il y a des vies brisées, des familles en lambeaux.
Le livre, rédigé par un journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, met en lumière une dimension souvent négligée des drames judiciaires : celle des victimes secondaires. « Ce ne sont pas seulement les parents qui pleurent », explique-t-on dans l’ouvrage. « Ce sont les frères, les sœurs, les amis, les voisins. Chacun porte un poids invisible. »
Chronologie des faits
Voici un aperçu chronologique des événements majeurs liés à l’affaire :
- 3 avril 2011 : Disparition de Nathalie Rigal, Adèle (8 ans) et Jade (10 mois).
- 4 avril 2011 : Ouverture d’une enquête pour disparition.
- Octobre 2011 : Découvertes successives de deux corps dans des plans d’eau proches de Mouriès.
- Novembre 2011 : Capture de Xavier Dupont de Ligonnès à Marseille.
- 2016 : Condamnation à trois peines à perpétuité.
- 2024 : Publication d’un livre sur les conséquences psychologiques sur les proches.
- 2024 : Entretien exclusif de Thomas Rigal à France 5.
Contexte historique : une affaire emblématique du début du siècle
L’affaire des Dupont de Ligonnès s’inscrit dans une lignée d’affaires violentes qui ont secoué la France au cours des vingt dernières années. Comparable à des cas comme ceux de Robert Boulanger (2009) ou de Patrick Dils (plus tard acquitté), elle illustre les limites de l’enquête criminelle et les conséquences sociales des crimes domestiques.
Ce type de tragédie, souvent qualifié de « crimes de passion » ou de « violences conjugales extrêmes », révèle une faille systémique dans la protection des victimes. En effet, Nathalie Rigal aurait été victime de violences physiques et psychologiques répétées avant sa mort. Pourtant, aucun signalement officiel n’a été formellement documenté avant le drame.
Des associations comme La Cimade ou SOS Femmes Violences ont réagi à cette omission. « C’est souvent la dernière victime qui meurt », a déploré l’