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Les études de santé en France : une réforme en suspens menace l’avenir des formations
Depuis quelques mois, le secteur de la santé française est au cœur d’un débat sans précédent. Les universités, les facultés de médecine et les étudiants sont à nouveau confrontés à une réforme des études de santé, cette fois-ci visant à fusionner les deux parcours post-baccalauréat : le PASS (Préparation aux études supérieures de santé) et le LAS (Licence accélérée de santé). Si cette mesure vise à simplifier les formations médicales, elle soulève de nombreuses inquiétudes chez les professionnels de l’enseignement supérieur et les futurs soignants.
Cet article explore les enjeux de cette nouvelle réforme, ses implications concrètes pour les étudiants et les institutions, ainsi que les perspectives d’avenir dans un secteur qui fait déjà face à des pénuries critiques.
Une réforme annoncée, mais mal perçue
En 2023, le gouvernement avait lancé une première vague de réformes destinées à moderniser les filières de santé. Mais depuis, les tensions ne cessent de croître. En avril 2026, Le Monde révèle déjà que la Conférence des doyens de médecine exprime son « inquiétude » face à un projet de fusion PASS/LAS, prévu pour la rentrée 2027. Selon les sources officielles, cette mesure devait permettre de rationaliser les parcours initiaux en santé, en regroupant les deux voies actuelles sous une seule formation.
Pourtant, cette ambition semble bien loin d’être partagée par les acteurs du terrain. Les doyens des facultés de médecine alertent sur les risques d’instabilité, de surcharge des établissements et de baisse de qualité pédagogique. « Les facs et les universités sont à genoux », martèle Egora.fr dans un article citant des représentants du milieu académique. La capacité d’accueil, les ressources humaines et financières sont déjà insuffisantes pour faire face à la demande, ajoutent-ils.

Une crise silencieuse derrière les chiffres
La France compte plus de 80 000 étudiants dans les filières de santé, selon les derniers chiffres du Ministère de l’Enseignement supérieur. Pourtant, malgré ce volume important, le pays fait face à un manque criant de professionnels de santé. Selon Santé Publique France, il manque plus de 100 000 médecins dans le système public d’ici 2030, notamment dans les zones rurales et les spécialités comme la psychiatrie ou la pédiatrie.
Or, si la réforme vise à améliorer l’attractivité des métiers de la santé, elle pourrait au contraire aggraver la situation. En effet, en réduisant la durée ou en modifiant radicalement les contenus des formations initiales, les autorités risquent de compromettre la rigueur scientifique et clinique indispensable à la formation des futurs soignants.
Le Parisien, dans un article daté de mars 2026, cite des responsables universitaires qui parlent d’une « réforme de la réforme » – une tentative de recentrer les attentes sur des objectifs politiques plutôt que sur des impératifs pédagogiques. « On nous impose une vision administrative, pas une réflexion pédagogique », déclare un doyen anonyme interrogé par le quotidien.
Histoire des réformes : une tradition de bouleversements
Ce n’est pas la première fois que la France entreprend une refonte majeure des études de santé. Depuis les années 2000, plusieurs réformes ont été mises en œuvre : la création du PASS en 2009, puis du LAS en 2013, suivies de plusieurs modifications successives. Chaque changement a suscité des résistances fortes, notamment autour de la question de la durée des études, des exigences académiques et de la place de la pratique clinique.
L’un des points sensibles récurrents est celui du concours d’entrée. Actuellement, les deux parcours PASS et LAS ont des modalités d’admission différentes : le PASS repose fortement sur les notes du bac et un examen national, tandis que le LAS intègre un test écrit et oral plus axé sur les compétences générales. Fusionner ces deux voies signifierait, selon les experts, une simplification superficielle qui masquerait des différences profondes entre les candidats et les besoins des établissements.
Impact immédiat : stress chez les étudiants, instabilité pour les établissements
Les conséquences de cette réforme en suspens se font déjà sentir. De nombreuses facultés de médecine signalent une augmentation du taux d’abandon dans les premières années des études. Selon un rapport interne non rendu public, plus de 20 % des étudiants en première année de santé envisagent de quitter la filière d’ici la troisième année, contre une moyenne nationale de 15 % avant 2025.
Cette hausse s’explique notamment par l’incertitude quant aux conditions d’accès, aux programmes pédagogiques et aux opportunités professionnelles après la fin des études. « On ne sait même plus à quoi ressemblera notre diplôme », explique Camille, une étudiante en deuxième année de médecine à Lyon. « Est-ce qu’on sera reconnu comme médecin généraliste ? Et si on veut aller travailler à l’étranger ? »
Parallèlement, les universités subissent une pression accrue. Les effectifs augmentent, mais les crédits budgétaires restent stables. Les enseignants dénoncent une surcharge de travail, des classes surchargées et une baisse de la qualité des encadrement. « Nous sommes obligés de passer à des groupes de 40 étudiants, alors que les meilleures écoles européennes maintiennent des ratios inférieurs à 20 », affirme un professeur de pharmacologie à Paris.
Les enjeux économiques et sociaux
Au-delà des questions pédagogiques, cette réforme touche à des enjeux fondamentaux de santé publique. Une formation de qualité en médecine, dentisterie, pharmacie ou sciences biologiques ne peut être pensée indépendamment de la sécurité sanitaire et de la confiance du public.
Or, chaque année, des erreurs médicales liées à un manque de formation ou à une pression excessive sur les jeunes professionnels sont signalées. Un rapport de la Cour des comptes (datant de 2024) estimait que jusqu’à 30 % des incidents médicaux pouvaient être attribués à des causes structurelles, dont le manque de temps d’apprentissage ou de stages supervisés.
En outre, la réforme pourrait affecter la mobilité internationale des diplômés. L’Union europ