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Le successeur de Khamenei ? L’Iran prépare un « guide suprême » après une crise majeure

Paris –
Dans les rues désertes de Téhéran, où les affiches officielles ornent encore les murs avec le visage imposant d’Ali Khamenei, un nouveau chapitre s’ouvre. Le guide suprême décédé en février 2024 laisse derrière lui non seulement une révolution islamique consolidée, mais aussi une succession inédite dans l’histoire récente de l’Iran. Selon plusieurs sources fiables, des discussions sécurisées ont été menées ces dernières heures pour nommer un remplaçant au sommet du pouvoir religieux et politique du pays.

Les tensions géopolitiques actuelles — notamment les frappes aériennes israéliennes sur l’Iran et les retombées diplomatiques américaines — viennent renforcer l’urgence à stabiliser le leadership intérieur. Mais qui pourrait être le prochain guide suprême ? Et quel impact cela aura-t-il sur le futur de l’Iran ?


Une succession sans précédent

L’Iran est un État théocratique unique dans le monde moderne : il fonctionne selon une structure duale où les pouvoirs religieux (encadrés par le guide suprême) et civils sont étroitement entrelacés. Depuis 1989, ce poste crucial était occupé par Ruhollah Khomeyni, puis, après sa mort en 1989, par Ali Khamenei, qui a dirigé pendant près de trente-cinq ans.

La mort de Khamenei, survenue le 21 février 2024 dans son domicile de Téhéran, a plongé le pays dans un silence funèbre prolongé, interrompu seulement par les appels à la prière habituels. Pendant plusieurs jours, aucun communiqué officiel ne précisait si le poste serait vacataire ou immédiatement pourvu. Cette ambiguïté soulève une question fondamentale : l’Iran peut-il fonctionner sans guide suprême ?

Selon les règles constitutionnelles iraniennes, le guide suprême doit être un chiite marja-e taqlid (grand juriste chiite reconnu), âgé de plus de 35 ans, possédant une autorité religieuse reconnue. Il exerce un contrôle absolu sur toutes les branches du gouvernement, y compris le président élu démocratiquement, ainsi que sur l’armée et la police.


Qui pourrait remplacer Khamenei ?

Plusieurs noms circulent depuis les premières heures de la crise :

1. Ayatollah Ali al-Sistani

Bien que cette hypothèse soit peu probable, certains analystes ont évoqué la possibilité d’une nomination à l’international. Ayatollah Sistani, figure incontournable du chiisme duodécimain, est basé en Irak. Cependant, sa neutralité politique et son refus historique d’intervenir dans les affaires iraniennes rendent cette option hautement improbable.

2. Ayatollah Ahmad Alamolhoda

Considéré comme un proche allié de Khamenei, cet ayatollah de Qom est connu pour ses discours conservateurs radicaux. Il dirigeait déjà la Commission religieuse du Conseil suprême de la Révolution islamique. Son expérience et sa loyauté envers la lignée khomeynistique en font un candidat sérieux — bien qu’on ignore s’il dispose de la stature spirituelle nécessaire pour assumer le rôle.

3. Ayatollah Mohammad Yazdi

Ex-président du Parlement et ancien ministre des Affaires étrangères, Yazdi a été un acteur clé durant la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Bien que son influence actuelle soit limitée, son statut de marja-e taqlid le place en tête de liste pour certains cercles conservateurs.

4. Le frère du guide suprême, Mojtaba Khamenei

C’est peut-être le nom qui fait le plus parler. Mojtaba Khamenei, âgé de 62 ans, est largement perçu comme le « candidat naturel » pour hériter du pouvoir. Il occupe déjà des postes influents au sein de la Garde révolutionnaire islamique (IRGC), notamment dans les services de renseignement. Sa montée en puissance a été progressive, mais rapide.

« Le système iranien repose sur la continuité dynastique. Si Khamenei n’avait pas d’enfant, le choix se tournerait inévitablement vers un membre de sa famille proche », explique Farhad Khosrokhavar, sociologue spécialiste du Moyen-Orient à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS).


Les enjeux géopolitiques immédiats

L’annonce d’un nouveau guide suprême intervient au moment même où l’Iran traverse une crise internationale sans précédent. Après l’assassinat d’Hassan Nasrallah en octobre 2024 par Israël — un événement qui a secoué l’axe Iran-Hezbollah-Palestine — et les frappes aériennes récentes contre des installations militaires iraniennes, le pays est en état de guerre quasi permanente.

Le président américain Donald Trump a averti publiquement, via X (anciennement Twitter), que « l’Iran va être très durement frappé aujourd’hui ». La marine iranienne, quant à elle, a affirmé avoir lancé une « vague massive d’attaques de drones » contre des bases américaines en Syrie et en Jordanie.

Face à cette escalade, la stabilité interne devient cruciale. Un nouveau guide suprême doit non seulement rassembler les factions rivales au sein du pouvoir (conservateurs vs modérés), mais aussi redonner confiance aux partenaires diplomatiques, notamment la Russie et la Chine, qui voient dans l’Iran une arme stratégique contre l’Occident.


Contexte historique : la fin d’une ère

Khamenei a guidé l’Iran à travers une période marquée par la chute du régime des Shahs en 1979, la guerre contre l’Irak, les sanctions économiques, les soulèvements populaires (comme ceux de 2009 et 2019), et les crises migratoires massives. Son style de gestion a été à la fois autoritaire et pragmatique — il a permis certaines ouvertures économiques tout en maintenant un contrôle idéologique strict.

Mais son héritage est aussi celui d’un système vieillissant, où la corruption, la bureaucratie et l’incapacité à répondre aux aspirations sociales croissantes ont alimenté un mécontentement profond.

« Ce n’est pas seulement la mort d’un homme, c’est la fin d’une vision politique centrale », note Vali Nasr, directeur du Centre Moyen-Orient à Johns Hopkins University.


Impact social et économique

Depuis plusieurs années, l’Iran vit dans la pauvreté chronique, avec un taux de chômage chez les jeunes dépassant les 25 %. La flambée des prix, les pénuries alimentaires et la dépréciation monétaire aggravent la situation. Dans ce contexte, la nomination d’un nouveau guide suprême pourrait avoir deux effets opposés :

  • Sur le plan symbolique : un nouveau leader pourrait inc