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Leïla Slimani et son « Assaut contre la frontière » : une introspection sur la langue, l’identité et les héritages coloniaux

Depuis plusieurs semaines, Leïla Slimani — romancière, journaliste et lauréate du prix Goncourt en 2016 pour Chanson douce — est au cœur des débats littéraires français. Ce n’est pas tant sa fiction récente, ni même ses engagements politiques, qui occupent les médias, mais un essai court, intime et provocateur : Assaut contre la frontière, paru le 19 mars 2026 aux éditions Gallimard.

Publié à l’occasion de la Semaine de la francophonie, cet ouvrage court (moins de 50 pages) suscite déjà un vif engouement. Il ne s’agit ni d’un roman, ni d’un manifeste militant. C’est avant tout une méditation personnelle, une quête identitaire autour d’une question simple… mais profondément complexe : pourquoi Leïla Slimani ne parle ni n’écrit plus la langue arabe ?


Une écrivaine franco-marocaine confrontée à ses silences linguistiques

Leïla Slimani est née en 1981 à Rabat, au Maroc, dans une famille biculturelle. Son père est marocain, sa mère française. Elle a grandi dans un foyer multilingue, entourée de murmures arabes, de conversations en français, d’histoires racontées en dialecte et de chants traditionnels chantés en berbère. Pourtant, aujourd’hui, elle affirme publiquement avoir « honte » de ne pas maîtriser la langue arabe comme elle le souhaite.

Dans Assaut contre la frontière, elle explore ce paradoxe : être issue d’un pays arabisé, d’une culture orale riche, et pourtant se sentir étrangère à cette langue maternelle. Elle y évoque des souvenirs familiaux complexes, marqués par la pression du français comme langue d’intégration sociale et intellectuelle, mais aussi par l’absence de transmission consciente de l’arabe.

« J’ai grandi dans une maison où la langue était un espace de tension. Mon grand-mère parlait arabe avec une beauté que je n’ai jamais suivi. Mais moi, je n’ai jamais suivi non plus. »

Cette confession, si personnelle, touche à une problématique bien plus large : celle des héritages linguistiques post-coloniaux, notamment dans les sociétés du Maghreb et de la Méditerranée. Pour Slimani, la langue arabe n’est pas simplement un outil communicationnel ; elle est un témoin vivant de l’histoire familiale, culturelle et politique.


Contexte historique : entre mémoire coloniale et nécessité d’intégration

Le Maroc, pays de naissance de Slimani, a connu une histoire marquée par le protectorat français (1912-1956), durant lequel la langue française a été imposée dans les écoles, les institutions et la sphère publique. Bien que l’arabe classique soit resté la base de la culture religieuse et littéraire, le français est devenu synonyme de modernité, d’accès à l’État et d’ascension sociale.

Cette dualité a façonné des générations d’enfants binationaux, comme Slimani, qui ont appris à parler couramment le français avant de découvrir progressivement leur langue maternelle. Mais ce passage n’est jamais neutre : il implique souvent une forme de dénigrement implicite, voire explicite, de l’arabe comme langue « primitive » ou « peu prestigieuse ».

Dans son essai, Slimani remet en cause ces stéréotypes. Elle souligne combien la langue est un repère fondamental de l’identité, et combien son refus ou son abandon peut conduire à une sorte de dépossession culturelle.


Réactions critiques : un texte court, mais porteur d’un message puissant

Les premiers retours des critiques littéraires sont unanimes : Assaut contre la frontière est un texte court, mais profond, sincère et éclairant. Publié dans des revues comme Télérama, Ouest-France ou encore France TV, l’essai a reçu une attention particulière lors de sa présentation au Festival d’Avignon, puis lors d’une interview exclusive sur La Grande Librairie de France 5.

Durant cette rencontre, Slimani a été rejointe par le philosophe Alain Finkielkraut, spécialiste de la question identitaire et de la place de la langue dans la construction nationale. Le dialogue entre les deux penseurs a permis de situer l’expérience de Slimani dans un cadre plus large, celui de la littérature comme lieu de reconnaissance des fractures culturelles.

« La langue, c’est notre terre natale. Quand on n’y parle pas, on vit en exil intérieur. »
— Alain Finkielkraut, La Grande Librairie

Cette approche intergénérationnelle et philosophique a permis à Slimani de dépasser son autobiographie personnelle pour aborder une question universelle : comment reconstruire une identité brisée par la langue ?


Impact immédiat : mobilisation autour de la francophonie et des droits linguistiques

L’annonce de Assaut contre la frontière a rapidement déclenché une vague de discussions autour de la francophonie, mais aussi des droits linguistiques dans les sociétés multilingues. Des associations comme l’Alliance française, la Ligue des droits de l’homme ou encore les collectifs féministes ont salué l’ouverture de Slimani sur une question souvent taboue : le lien entre genre, langue et pouvoir.

En effet, Slimani insiste sur le fait que les femmes sont souvent les dernières gardiennes des langues vernaculaires, mais aussi les premières à les abandonner pour des raisons sociales ou professionnelles. Dans son cas, c’est aussi une dimension de transmission intergénérationnelle perdue, liée à l’exode rural, au départ des familles vers les villes ou l’Europe.

Des écoles françaises, notamment dans les quartiers populaires, ont déjà commencé à intégrer des séances de discussion autour de son essai. Certains professeurs de lettres utilisent Assaut contre la frontière comme support pédagogique pour travailler la conscience multiculturelle et l’importance de la diversité linguistique.


Perspectives futures : une œuvre qui pourrait influencer la littérature contemporaine

À l’heure où la littérature francophone explore de plus en plus les fractures identitaires — qu’elles soient raciales, religieuses ou linguistiques —, Assaut contre la frontière apparaît comme un tournant. Il pose la question suivante : peut-on écrire sans maîtriser pleinement la langue de son passé ?

Slimani, qui a déjà exploré dans Chanson douce les violences conjugales sous couvert de respectabilité sociale, semble maintenant s’intéresser aux violences subies par les langues elles-mêmes. Son prochain roman, J’emporterai le feu, boucle une trilogie familiale qui traverse les deux rives de la Méditerranée. On y découvre comment la mémoire, la langue et la liberté se tissent ensemble.

Il est donc probable que Assaut contre la frontière ne soit pas une fin,

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