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Polémique à la Fnac : la vente d'un livre controversé sur l'homosexualité et les femmes déclenche l'indignation
La Fnac, géant de la distribution culturelle et électronique en France, se retrouve au cœur d'une vive tempête médiatique et sociale. L'enseigne, pourtant habituée à défendre une image d'ouverture et de diversité, fait face à de vives critiques après la mise en vente sur sa plateforme d'un ouvrage aux propos radicaux. Ce livre, qualifié par plusieurs détracteurs de "traité d'homophobie", contient des passages extrêmement violents à l'encontre de la communauté LGBTQ+ et promeut des thèses rigoristes sur la place des femmes.
Cette affaire soulève des questions fondamentales sur la responsabilité des plateformes de vente en ligne, la liberté d'expression face à la lutte contre les discours haineux, et la cohérence des valeurs affichées par les grandes entreprises françaises.
La genèse d'un scandale : un livre au contenu jugé haineux
La polémique a éclaté début janvier 2026 suite aux alertes lancées par plusieurs personnalités et internautes qui ont découvert la disponibilité de l'ouvrage "L'islam et l'homosexualité" de l'auteur Ahmed Sameh Farag (souvent associé à des éditions comme Al Mawrid ou Al Huda) sur le site de la Fnac. Le livre, déjà controversé à sa sortie, ne se contente pas d'aborder le sujet sous un angle théologique classique ; il contient des affirmations qui dépassent largement le cadre du débat d'idées.
« L’homosexualité est pire que le meurtre. »
C'est par cette phrase, rapportée par plusieurs médias dont Le Figaro, que le contenu du livre a été qualifié. Outre cette déclaration choc, l'ouvrage défend des positions extrêmement réactionnaires, notamment sur la lapidation des femmes adultères et la peine de mort pour les homosexuels, en s'appuyant sur une lecture littérale et rigoriste des textes sacrés.
L'alerte a été relayée avec force par des figures publiques. Le journaliste Yohan Pawer a notamment tiré la sonnette d'alarme sur les réseaux sociaux et dans des interviews, dénonçant la diffusion de ces idées par une enseigne mainstream. Son intervention, reprise par des médias comme i24NEWS, a catalysé l'indignation d'une partie de la population et d'associations de lutte contre l'homophobie.
La réaction de la Fnac : entre responsabilité et liberté d'expression
Face à cette levée de boucliers, la Fnac a dû réagir rapidement. Le paradoxe de la situation est que l'enseigne, qui co-signe chaque année la "Charte de la diversité", se retrouvait accusée de normaliser des discours incitant à la haine. Pourtant, la politique de la Fnac a toujours été de proposer un catalogue le plus large possible, refusant par principe la censure préalable, à l'exception des ouvrages illégaux (apologie du terrorisme, pédopornographie, etc.).
Cependant, la pression médiatique, exacerbée par des articles de Le Parisien et Le Figaro, a été trop forte. Dans un premier temps, la Fnac a indiqué mener une "réévaluation" du statut de l'ouvrage. Finalement, face à l'ampleur de la vague de colère, l'enseigne a annoncé le retrait de la vente de l'ouvrage sur ses plateformes.
Dans son communiqué, la direction a expliqué que si la liberté d'expression est une valeur cardinale, elle ne saurait excuser l'incitation à la haine. La Fnac a souligné que la décision de retirer le livre n'était pas un acte de censure idéologique, mais une application de ses propres conditions générales de vente qui interdisent la diffusion de contenus discriminatoires.
Contexte : la difficile ligne rouge de la censure
Cette affaire n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une série de polémiques touchant la distribution de livres à contenu extrémiste. Amazon a également été pointé du doigt dans cette affaire, car l'ouvrage y était également disponible avant de subir le même sort. Ces incidents mettent en lumière la difficulté pour les géants du commerce en ligne de modérer des millions de références.
Historiquement, la Fnac se pose en défenseur de la culture et du savoir. Vendre un livre qui prône la lapidation et la peine de mort pour des raisons religieuses met en tension deux piliers de la République française : la liberté de conscience/religieuse et la lutte contre les discriminations. Le contexte social français, marqué par des débats récurrents sur la laïcité et les droits des minorités, rend cette tension encore plus inflammable.
« La Fnac est un lieu de débat et d'échange, mais elle ne saurait être un relais de haine. » (Analyse sociétale basée sur les prises de position publiques)
L'intervention de Yohan Pawer a eu le mérite de forcer le débat public à s'emparer de la question : jusqu'où la vente d'un livre peut-elle aller au nom de la liberté académique ou religieuse lorsqu'il s'agit de textes qui appellent explicitement à la violence ?
Impacts immédiats : une image écornée et un débat sociétal relancé
Le retrait du livre est une victoire pour les associations LGBTQ+ et les détracteurs du livre, mais il laisse des traces.
- L'image de marque : Pour la Fnac, c'est une entaille dans sa réputation. L'entreprise, qui communique beaucoup sur ses valeurs progressistes, a dû justifier une passivité initiale qui a été perçue comme une forme de lâcheté commerciale face à un éditeur aux thèses controversées.
- Le débat sur la modération : L'affaire remet sur le tapis la question de la responsabilité des plateformes. Doit-on blâmer la Fnac pour avoir vendu le livre, ou faut-il plutôt s'interroger sur l'existence même de ce type de littérature sur le marché ? La rapidité avec laquelle le livre a été retiré montre que la pression sociale reste un levier d'action efficace, bien que réactif plutôt que préventif.
- L'effet Streisand : Paradoxalement, le scandale a probablement fait plus de publicité pour ce livre confidentiel qu'il n'aurait pu en avoir autrement. Des milliers de personnes qui ignoraient son existence ont maintenant appris sa diffusion, bien que son retrait limite désormais l'accès au contenu.
Perspectives d'avenir : vers une régulation accrue ?
Cette polémique annonce-t-elle des changements structurels ? Il est probable que les distributeurs comme la Fnac ou Amazon renforcent leurs filtres sur les livres importés ou auto-édités pour éviter de futurs scandales.
Vers une charte éthique plus stricte ? Il est possible que la Fnac élabore une charte éthique plus précise concernant la vente de livres religieux ou philosophiques, visant à mieux distinguer l'étude théologique de l'apologie de la violence.
Le rôle de l'État et des associations Les associations continueront de surveiller les catalogues. Parallèlement, la loi pourrait évoluer. Si la législation française sur l'incitation à la haine est déjà stricte, son application au monde du livre, traditionnellement sanctuarisé, reste complexe.
La position des éditeurs L'éditeur de l'ouvrage, souvent basé à l'étranger ou dans des circuits parallèles, risque de voir sa distribution se réduire comme peau de chagrin en France. Les libraires traditionnels, alertés par la polémique, refuseront probable