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L'Affaire Bojarski : L'incroyable destin du "Cézanne de la fausse monnaie" porté à l'écran
L'histoire a ceci de fascinante qu'elle dépasse souvent la fiction. Celle de Ceslaw Bojarski, ou plutôt de son fils Yann, en est la parfaite illustration. Ce qui pourrait n'être qu'un fait divers banal se transforme en une épopée rocambolesque qui mêle ingénierie de haut vol, trésors enfouis et quête de justice filiale. Le film L'Affaire Bojarski, sorti en salles ce 14 janvier 2025, ne se contente pas de raconter une affaire ; il la ressuscite.
Une découverte qui a tout changé
Tout commence par une fuite d'eau, un événement anodin qui cache souvent un secret de taille. En 1978, le couple Bojarski occupe un modeste studio à Évry. Lors de vacances dans le Massif central, une alerte les ramène précipitamment chez eux. Les pompiers, intervenant pour colmater la brèche, déplacent la cuisinière. Sous l'appareil, le sol semble différent. On y découvre dix lingots d'or et 797 louis d'or. Ce n'est pas un héritage oublié, mais le fruit d'un travail acharné et illégal.
Le père de Yann Bojarski n'était pas un simple homme du peuple. C'était un ingénieur polonais, réfugié en France durant la Seconde Guerre mondiale. Un homme brillant, solitaire, et un faussaire hors pair. Il est surnommé le "Cézanne de la fausse monnaie", tant son savoir-faire en matière de contrefaçon était artistique et précis. Pour son fils, cet homme restait une énigme. La découverte de l'or ne fit que soulever un voile sur une vie cachée.
Le film : quand le fils devient le narrateur
Si Yann Bojarski a mis des décennies à percer le mystère de son père, le public, lui, aura la chance de découvrir cette histoire grâce au cinéma. Le film L'Affaire Bojarski, réalisé par Jean-Paul Salomé, est sorti en salles le 14 janvier 2025. Il s'inscrit dans une semaine de sortie riche, faisant face à la concurrence de blockbusters comme 28 Ans Plus Tard 2 ou Greenland Migration, mais il se distingue par son ancrage dans le réel.
Le réalisateur s'est appuyé sur les travaux de l'avocat et écrivain Jean-Michel Décugis, qui a consacré un livre à cette affaire. Le film met en scène Reda Kateb dans le rôle du père, dépeint comme un artisan génial et secret. Loin de la figure du gangster violent, Bojarski père est présenté comme un homme qui a utilisé ses talents d'ingénieur pour créer une monnaie parallèle, peut-être pour survivre, peut-être pour défier un système.
Le film explore la relation entre ce père absent et ce fils qui a hérité de sa quête de vérité. Yann Bojarski a d'ailleurs participé à l'écriture, apportant cette nuance émotionnelle indispensable. Comme le souligne une récente interview de Sara Giraudeau (qui co-écrit et interprète un rôle dans le film, bien que l'article cité parle de sa vie personnelle avec une autre actrice), "C’est une chance d’avoir trouvé son âme sœur, d’autant que vivre avec une actrice n’est pas toujours simple". Cette citation, bien que hors contexte principal, montre l'importance des liens humains dans ce milieu, un thème central du film : la recherche d'une connexion paternelle.
Le modus operandi d'un faussaire d'exception
Ce qui rend l'affaire Bojarski fascinante, c'est la technique. Il ne s'agissait pas de simple impression de faux billets. Le père de Yann était un ingénieur. Il maîtrisait la métallurgie et la frappe. Il créait des plaques de métal gravées à la perfection pour contrefaire les pièces de monnaie, mais aussi des faux papiers d'identité durant la guerre.
La découverte de l'or dans son studio prouve qu'il ne se contentait pas de fabriquer la monnaie : il l'accumulait. L'enquête a révélé un système complexe de blanchiment et de stockage. C'est cette face cachée que le film tente de révéler. Loin des clichés du grand banditisme, on découvre l'histoire d'un homme qui a vécu dans l'ombre de son propre génie.
L'impact actuel : pourquoi cette histoire parle-t-elle encore ?
La sortie de ce film n'est pas anodine. À l'heure où la finance devient de plus en plus numérique et virtuelle, redécouvrir l'histoire d'un faussaire qui manipulait le métal et l'encre a quelque chose de rassurant et de terrifiant à la fois.
- Le patrimoine familial : C'est avant tout l'histoire d'un fils qui tente de laver la mémoire de son père. Yann Bojarski a dû faire face à la justice pour récupérer l'héritage, notamment l'or découvert. Une bataille juridique longue qui a fini par aboutir.
- La fascination pour le faux : Comme le soulignent les critiques, les faussaires suscitent une sympathie particulière. Ils sont les "Robins des bois" du monde de l'art et de la finance. Le film de Jean-Paul Salomé s'inscrit dans cette veine, offrant un portrait nuancé d'un homme qui, selon les termes des enquêteurs, avait un talent d'artiste.
- L'ancrage local : Tourné en partie à Lyon et en Savoie, le film rend hommage à ces régions qui ont servi de décor à cette épopée. Le Progrès rappelait d'ailleurs que l'affaire a marqué les esprits locaux, mêlant le mythe de l'or caché à la réalité judiciaire.
Perspectives : De l'affaire judiciaire au mythe cinématographique
Que nous réserve l'avenir de l'affaire Bojarski ? Avec la sortie du film, l'intérêt pour cette histoire va probablement croître. C'est l'histoire vraie parfaite : un début mystérieux, un dénouement spectaculaire et des personnages complexes.
Le film pourrait relancer les débats sur la place de la fiction dans le documentaire historique. Jean-Paul Salomé a choisi un style narratif qu'on pourrait qualifier de "millimétré", selon certaines critiques, pour rester fidèle à l'esprit de l'ingénieur faussaire. L'enjeu est de taille : transformer une affaire jugée en 1982 en un récit universel sur la filiation et la rédemption.
Yann Bojarski, aujourd'hui, peut enfin regarder l'histoire de son père sous un nouveau jour. Ce n'est plus seulement une affaire de fausse monnaie, mais le portrait d'un homme qui a marqué l'histoire de France à sa manière. Le "Cézanne de la fausse monnaie" entre ainsi au Panthéon des figures criminelles les plus attachantes du cinéma français.
L'Affaire Bojarski est un excellent exemple de la façon dont le cinéma peut redonner vie à des pages oubliées de notre histoire. Elle nous rappelle que derrière chaque grand procès, il y a des destins humains, des secrets de famille et parfois, beaucoup d'or caché sous la cuisinière.
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L'affaire Bojarski - Jean-Paul Salomé - critique
Un récit un peu trop millimétré pour raconter le destin méconnu mais cependant extraordinaire d'un homme hors du commun.