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France TV Slash : quand la chaîne publique met en avant une créatrice OnlyFans… avant de reculer

En plein débat sur la légitimité du contenu adulte sur les plateformes publiques, une polémique inattendue a éclaté autour de France TV Slash, la chaîne jeune de l’audiovisuel public. En décembre 2024, une vidéo diffusée sur cette plateforme dédiée aux 15-25 ans a suscité un tollé médiatique et politique : elle présentait une jeune femme qui vendait ses photos « de charme » sur OnlyFans. La séquence a été rapidement retirée, mais les dégâts étaient faits — et les questions restent entières.

Ce qui semblait être une initiative audacieuse pour « parler aux jeunes là où ils sont » est devenu un cas d’école sur les limites de la liberté éditoriale, la responsabilité des médias publics… et la difficulté de naviguer dans l’ère du contenu généré par les utilisateurs.


Ce qui s’est vraiment passé : les faits vérifiés

Le 18 décembre 2024, France TV Slash publie une vidéo intitulée « Elle gagne sa vie sur OnlyFans », mettant en avant une jeune femme de 22 ans qui explique comment elle utilise la plateforme pour vendre des photos sensuelles et subvenir à ses besoins. Dans le reportage, elle décrit son quotidien, ses motivations financières, et affirme que ce métier lui permet d’être « libre et indépendante ».

Mais très vite, la vidéo fait scandale. Plusieurs médias, dont Le Figaro et Valeurs Actuelles, relaient les critiques virulentes de certains élus, parents d’élèves et associations de défense des mineurs. L’argument principal ? Diffuser un tel contenu sur une chaîne publique, même destinée aux jeunes, normaliserait le travail du sexe et serait inapproprié dans un cadre éducatif.

Face à la pression, la direction de France Télévisions retire la vidéo en moins de 48 heures. Dans un communiqué, l’entreprise explique avoir « mal évalué le risque de dérives interprétatives » et reconnaît une « erreur de jugement ». La chaîne s’excuse auprès des spectateurs et annonce une révision de ses lignes éditoriales pour les contenus traitant de sujets sensibles.

« Nous voulions parler de réalités contemporaines, mais nous n’avons pas assez anticipé les réactions. Ce n’était pas notre intention de promouvoir quoi que ce soit, mais simplement de refléter une part de la société », déclare un porte-parole de France TV à Le Figaro.


Un retour en arrière qui soulève de grandes questions

Le retrait de la vidéo n’a pas calmé les esprits. Au contraire, il a ouvert un débat plus large sur la mission des médias publics à l’ère numérique. Slash, lancé en 2021, se veut une chaîne « sans filtre », qui aborde les sujets tabous — santé mentale, sexualité, identité de genre, précarité — avec loyauté et proximité. Mais cette fois, la frontière a été franchie… ou perçue comme telle.

Logo de France TV Slash, chaîne jeune de l'audiovisuel public français

Les critiques soulignent que, même si la jeune femme est majeure et consentante, diffuser un tel contenu sur une chaîne publique — financée par la redevance — pose un problème éthique. « On ne peut pas faire la promotion d’une plateforme qui exploite des jeunes femmes sous couvert de liberté », déclare une députée LR citée par Valeurs Actuelles. D’autres, en revanche, estiment que la réaction est excessive : « Si on veut parler aux jeunes, il faut parler de ce qu’ils vivent. OnlyFans, c’est une réalité pour des milliers de personnes », réplique un chroniqueur sur France Info.

Ce qui est certain, c’est que la chaîne a mis le doigt sur une fracture générationnelle et culturelle. Pour les plus jeunes, OnlyFans n’est pas nécessairement synonyme de prostitution, mais plutôt d’entrepreneuriat féminin, de liberté sexuelle ou de survie économique. Pour les générations plus âgées, c’est souvent perçu comme une dégradation des valeurs ou une marchandisation du corps.


Le contexte : Slash, entre innovation et risque

France TV Slash a été conçu comme une réponse aux nouveaux comportements médiatiques des jeunes. Avec des formats courts, des reportages directs, et une présence forte sur TikTok, Instagram et YouTube, la chaîne cherche à capter un public qui évite de plus en plus les médias traditionnels.

Mais cette volonté de « parler comme eux » comporte des dangers. En 2023, Slash avait déjà été critiquée pour un reportage sur les « sugar babies », perçu comme banalisant les relations d’argent entre jeunes femmes et hommes plus âgés. Cette fois, le sujet est encore plus sensible : OnlyFans est une plateforme globalement associée à la pornographie amateur, même si elle héberge aussi du contenu artistique, fitness ou lifestyle.

Créatrice de contenu OnlyFans, femme devant un ordinateur, éclairage chaud, ambiance moderne

Il est important de noter que la vidéo ne montrait aucune image explicite. La jeune femme parlait devant une caméra, dans un cadre sobre, sans tenue provocante. Pourtant, le simple fait d’évoquer la vente de photos « de charme » a suffi à déclencher la polémique. Cela montre à quel point le contexte compte : sur une chaîne publique, chaque mot est scruté, chaque image interprétée.


Les réactions : entre crispation et compréhension

La polémique a rapidement débordé le cadre médiatique. Sur les réseaux sociaux, les jeunes ont massivement défendu la chaîne. « Si vous ne pouvez pas parler d’OnlyFans sur une chaîne jeune, où ça doit être dit ? », s’interroge un utilisateur sur X (ex-Twitter). D’autres soulignent l’hypocrisie : « On montre des scènes de sexe dans des séries en prime time, mais là, c’est un drame ? »

En parallèle, des associations de parents d’élèves ont exigé des comptes. L’association Familles de France a déposé une plainte pour « incitation à la prostitution », bien que les avocats s’entendent pour dire que la qualification juridique est fragile. Le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) a annoncé qu’il allait examiner le cas, sans pour autant ouvrir d’enquête formelle.

Sur le plan politique, les réactions se sont polarisées. Les élus de droite ont été les plus virulents,